Les antihéros du rap français

Chacun vit sa vie, mais Orelsan et Gringe ont voulu partager une de leurs journées avec leur public, voilà pourquoi ils sont les Casseurs Flowters. Sorti le 18 novembre, ce premier album en treize ans de collaboration ressemble à un véritable défouloir. Punchlines et textes crus sont à l’honneur,  de 14h58 à 06h16. Pas question ici de rap bling-bling ou de filles dévêtues, juste de l’histoire de deux gars paumés qui manient aussi bien le micro que l’éthylotest.

Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters

Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters

J’AI TENDANCE A CHOQUER, CHOQUER

Mieux vaut ne pas être sensible si vous voulez écouter cet album, chacun en prend pour son grade. A travers des textes plus violents les uns que les autres, ils expriment le malaise, les doutes et les expériences qui peuvent jalonner la vie d’un jeune. Des paroles osées, qui rappellent les singles qui les ont révélés au grand public, comme Saint-Valentin ou Sale Pute. D’ailleurs, les péripatéticiennes sont à nouveau à l’honneur dans le morceau Les putes et moi, dans lequel ils décrivent leurs visions et leurs expériences des relations sexuelles tarifées. Le champ lexical du sexe est plus que récurrent  dans chaque titre, peu importe le sujet.

La chronologie des morceaux est ponctuée par des interventions parlées de différents protagonistes, du producteur qui met la pression pour avoir un « tube » sur l’album à l’inconnu ivre qui écorche leurs pseudonymes en passant par la petite copine hystérique qui ne supporte pas que son copain passe plus de temps avec son pote qu’avec elle. Chaque morceau est contextualisé afin que l’auditeur en comprenne les origines, le sens et le but.

PLUS STUPIDES QUE LA STUPIDITÉ 

Ils l’annoncent dès le premier morceau : « courage, tendresse et réflexion ne sont pas leurs plus grandes qualités ». Chaque thème évoque cette flemmardise dont ils sont atteints, comme les Deux connards dans un abribus, qui relatent leur expédition au centre commercial à dix minutes à pied, stoppée à l’arrêt de bus parce que « les jours fériés il n’y a pas de bus ». Des problèmes de filles aux soirées sur-alcoolisées, ils sont les deux antihéros dont personne ne voudrait comme fils, conjoint ou père.  La moralité n’a pas sa place dans cet album : l’argent, le sexe et l’alcool sont le triptyque peu catholique qui anime chaque histoire.

Malgré tout, ils sont conscients de leurs défauts et du travail qu’ils sont obligés de fournir pour envisager de mûrir un jour. Le morceau Prend des pièces retrace tous les petits boulots qu’ils ont du faire pour continuer à espérer percer dans le monde de la musique. De l’hôte d’accueil dans un cinéma à un équipier McDonald’s, ils évoquent le quotidien de ce qu’ils considèrent comme des sous-métiers, pour se déterminer à finir un album qui leur ouvrirait de nouvelles portes.

Difficile d’analyser sérieusement un des albums les moins sérieux de l’année. Musicalement, c’est peu évolué, pas forcément intelligent. Le moins que l’on puisse dire c’est que ça ne fera pas bouger les choses. Cependant, ce n’est pas non plus l’objectif ni de l’album, ni de ses auteurs. Mais les deux Caennais nous prouvent ici qu’on peut faire de la musique pour s’amuser, se défouler, se désinhiber complètement. Si vous pensez avoir raté votre vie, être inutile, perdre votre temps : prenez une dose de Casseurs Flowters, c’est beaucoup plus efficace que le Xanax et le Valium réunis.

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